Réflexions
Quels mécanismes d’évaluation pour l’aide humanitaire ?
par le Docteur Philippe Chabasse
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La multiplication des acteurs humanitaires et l’importance des montants financiers que drainent leurs activités, mais aussi l’agacement des Etats devant la montée en puissance des ONG sur la scène internationale a conduit à diverses tentatives pour mieux évaluer la qualité des actions humanitaires. Mais si la qualité de l’aide humanitaire et la capacité des acteurs à rendre compte de leurs actions constituent deux préoccupations largement partagées par tous – ONG, donateurs et bailleurs de fonds en particulier – la solution qui consisterait à appliquer des normes rigides risque d’aboutir à de graves déviations et de vrais dangers qu’il s’agit d’identifier et de souligner.
Les dangers de standards universels
Une démarche de codification purement « quantitative » amène à se positionner par rapport à un système de valeurs et à affirmer des principes aussi bien que des standards techniques considérés comme universels, c’est-à-dire susceptibles de s'appliquer à tout type de situation. Dès lors, le risque est d'aboutir à une "normalisation" qui corsèterait l'aide humanitaire. En niant la complexité des situations, les différences culturelles, en omettant les capacités de réponses existant au niveau local, une telle démarche de standardisation finit par réduire l’individu à une bouche à désaltérer, un ventre à remplir ou un corps à abriter et cantonner les organisations humanitaires à un rôle de prestataires de services. L’action humanitaire n’est pas un marché ordinaire, avec ses besoins, ses fournisseurs, ses clients à satisfaire, son vocabulaire spécialisé et ses techniques. Sa qualité ne peut pas être améliorée de façon mécanique par des seules considérations techniques de performance. Il serait regrettable que les ONG soient jugées sur leur seule capacité à respecter des normes techniques plutôt qu’à défendre un espace humanitaire nécessaire à la survie des populations et à l’indépendance des secours.
L’action humanitaire n’est pas un marché ordinaire, avec ses besoins, ses fournisseurs, ses clients à satisfaire, son vocabulaire spécialisé et ses techniques. Sa qualité ne peut pas être améliorée de façon mécanique par des seules considérations techniques de performance. Il serait regrettable que les ONG soient jugées sur leur seule capacité à respecter des normes techniques plutôt qu’à défendre un espace humanitaire nécessaire à la survie des populations et à l’indépendance des secours.
Défendre un espace indépendant d’accès aux victimes
La qualité d’une action humanitaire tient d’abord à sa capacité à protéger des espaces indépendants d’accès aux bénéficiaires. Le débat sur la responsabilité des organisations humanitaires ne doit pas faire oublier que sur le terrain, les populations sont avant tout victimes des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis par les belligérants. Qu’il s’agisse d’Etats ou de groupes armés, ce sont souvent ces belligérants qui, au mépris du Droit International Humanitaire, entravent l’indépendance et, par-là même, la qualité de l’action des ONG.
Si nul ne songe aujourd’hui à nier la nécessité d’une amélioration permanente de la qualité des actions effectuées par les acteurs humanitaires, personne ne doit oublier que la responsabilité des Etats reste pleine et première dans la non-application du Droit International.
La démarche Qualité doit être transversale
Beaucoup d’ONG, sensibles à ces questionnements, se sont engagées résolument dans une démarche de recherche de qualité. Elles ont intégré l’idée de la responsabilité de leur travail vis à vis des populations qu’elles aident, mais aussi à l'égard de leurs bailleurs, de la législation du pays où elles agissent et de celle du pays dont elles sont issues ; et même du Droit International Humanitaire. Pour cela, des programmes de formations internes se sont multipliés, des enseignements universitaires se sont ouverts. La « professionnalisation » des équipes permet d’améliorer en permanence les capacités d’analyse, de diagnostic et d’évaluation des actions sur le terrain.
Une des réflexions les plus abouties dans ce domaine est celle d’un groupe d’ONG françaises réunies autour du projet « Synergie Qualité ». Elle va donner lieu à la publication d’un guide qui, au-delà des méthodologies d’évaluation, abordera de façon transversale tous les autres aspects d’une « démarche Qualité » : gouvernance, recrutement, formation, capacité d’anticipation et d’analyse des situations.
Dr Philippe CHABASSE






